Ugo SCHILDGE
Nap

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2022/06/09 - 2022/06/25
8 rue d’Aboukir - 75002 Paris
Dormir sous les arbres... la sieste est une veille pendant laquelle notre cerveau invente les scénarios les plus rocambolesques.

Le sommeil paradoxal est celui qui induit le rêve, notre esprit étale sans inhibition ses désirs, ses peines et ses contradictions. La nouvelle série d’Ugo Schildge synthétise une recherche de plusieurs années autour de la Nature et du corps humain en introduisant dans la composition des éléments surréalistes qui nous empêchent de nous positionner dans le temps ou l’espace.

Fidèle à sa pratique de l’intemporalité, l’artiste évoque ses visions fantasmagoriques, celles qui lui viennent en songe et qui sous une apparente incohérence, sont le reflet de son inconscient. Ugo Schildge habitué à puiser dans un répertoire externe, prend un virage introspectif et nous laisse apercevoir une part de lui-même qui nous était jusqu’alors étrangère.

Recomposer le rêve induit cependant de reprendre le contrôle des images et des sensations vécues, il s’agit donc ici d’une interprétation plus que d’une retranscription. La technique d’Ugo Schildge implique lenteur et patience, découper et modeler les lignes de bois, les enchâsser, appliquer la matière liquide et colorée, laisser sécher... ce travail méthodique s’oppose par essence à l’expression rapide et intuitive du rêve. Les compositions sont pensées, structurées et évoquent comme à leur habitude un amalgame de mythologies diverses.

Contrairement à une croyance répandue, le rêve n’est pas un film, il n’est pas « in motion », le rêve se caractérise par une succession d’images fixes qui forment en quelques secondes à peine ces enchaînements étranges qui illustrent notre sommeil. L’artiste travaille de la même manière, ses oeuvres sont une superposition d’images sans lien apparent qu’il assemble pour créer une nouvelle Vérité, une nouvelle Beauté.

Ugo Schildge introduit aussi le thème du voyeur dans ce nouveau travail. Il se place en observateur de scènes profondément intimes. Un voyeur de sa propre vie, « La sieste à Giverny » est le premier auto-portrait de l’artiste à proprement parler. Il évoque des souvenirs réels et imaginaires, invoque sa propre intimité. C’est la première fois que l’artiste livre un regard aussi personnel sur son travail.

Les autres compositions de la série, notamment « Suzanne » « Daphné » et la « Vénus Anadyomène » font librement référence à des sujets de la mythologie greco-romaine et aux métamorphoses d’Ovide. Nous retrouvons ici les inspirations traditionnelles de l’artiste. Ugo Schildge pousse d’ailleurs un peu plus loin ses hommages à l’art classique avec « Le dessert » dont la structure architecturale n’est pas sans rappeler les perspectives maladroites du début du Quattrocento italien et des peintres primitifs.

L’inspiration de l’artiste, consciente ou non, puise sa source dans les grands sujets de l’Histoire de l’Art. « Nous sommes la somme de nos expériences » dans le cadre de l’expérience artistique, cette addition de souvenirs visuels mêlés à des références historiques classe l’artiste dans une mouvance picturale très éclectique et profondément unique.

Ugo Schildge n’est ni sculpteur ni peintre, ni figuratif ni abstrait, ni réaliste ni surréaliste, ni contemporain ni classique...

Il empreinte au répertoire universel pour permettre à son oeuvre de faire écho à tous, il crée un vocabulaire symbolique nouveau, avec pour ambition sous-jacente de nous appeler à résister à la vitesse de notre époque. Il nous invite à prendre le temps de dormir sous les arbres, d’apprécier l’ennui, d’écouter la Nature et de nous aimer en son sein protecteur.

Manon Hasselmann
press